La valeur d’une personne est incalculable

Oct 14, 2023
La valeur d’une personne est incalculable - Aurélien Daudet

Un ami me raconte une conférence qu’il a écoutée dans son entreprise, et dont il a retenu en particulier une formule mathématique qui permettrait d’estimer la valeur d’une personne…

 

Jeudi dernier était le jour de la fête nationale espagnole. Connu aussi comme jour de la « Hispanidad », le 12 octobre commémore la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, envoyé par les Rois d’Espagne. Et c’est aussi le jour où est célébrée dans tout le pays la Vierge del Pilar – « du pilier », patronne de Saragosse. Rajoutez à ça le fait que c’est l’ouverture de la chasse, et vous comprendrez que le 12 octobre… l’Espagne ne pense guère à travailler.

 

Pourtant, la conversation avec des amis venus de Madrid pour profiter du bon air de nos collines a rapidement dérivé sur des sujets de la vie au boulot... Sans doute mon propre job y est pour quelque chose. Mais cet ami venait d’assister à une conférence qui l’a beaucoup marqué. Son entreprise avait invité Victor Küppers, professeur à l’Université de Barcelone, et très connu dans le monde hispanophone. Au centre de cette conférence, une formule permettant de calculer la valeur d’une personne : V = (C+E) x A.

 

Soit : Valeur = (Compétences + Expérience) x Attitude.

 

Victor Küppers utilise cette formule pour montrer que ce qui « pèse » le plus dans la valeur d’une personne, c’est son attitude face à la vie et face aux autres personnes. Et c’est cela qui avait particulièrement plu à mon ami Pedro : les compétences et l’expérience, sont importantes pour définir la valeur de quelqu’un, mais ce qui compte vraiment, c’est son « attitude », sa « manière d’être ».

 

Victor Küppers explique, de manière souvent assez drôle, qu’à compétences et expériences égales, nous préférerons toujours travailler, communiquer, faire du business avec des personnes qui feront preuve de bonté, d’attention aux autres. Des personnes qui seront pleines de joie, qui sauront voir le positif de chaque situation, et voudront rendre « exceptionnels » des moments « ordinaires »…

 

Bien sûr, ce qui est valable dans la vie professionnelle l’est aussi en-dehors. « Comment est-ce que nous choisissons nos amis ? En regardant C, E, ou A ? Est-ce que vous choisissez vos amis à partir de leurs CVs ? » demande joyeusement Victor Küppers.

 

Plus mon ami me parlait de cette conférence, et du plaisir qu’il avait eue à l’écouter, plus je me disais qu’il y avait un truc qui clochait – un truc que je ne pigeais pas. Au démarrage, je me suis dit que j’avais dû manquer des mots, parce que suis encore loin d’être bilingue en espagnol. Et qu’en plus, cet ami d’origine portugaise a encore un accent à couper au couteau malgré 25 ans passés en Espagne. Mais après lui avoir fait répéter deux ou trois fois la formule et ses explications, j’ai fini par voir ce qui ne m’allait pas du tout dans cette histoire.

 

Un repère simple et assez fun

 

Au premier abord, c’est vrai que cette « formule » pourrait permettre de réfléchir à la valeur de nos actions, de nos comportements. Par exemple, si je veux évaluer la qualité de mon travail dans une mission, dans un projet, je peux me dire que mon attitude pèse aussi lourd que la somme de mes compétences et de mon expérience.

 

Si je suis en train de conduire un processus de recrutement, je vais prendre le temps d’évaluer l’attitude d’une personne dans son job, ou dans le travail en équipe, je vais la questionner sur ses valeurs, voir comment elles s’alignent avec celles de l’entreprise – autant de choses qui seront sans doute plus importantes (et plus difficiles à analyser) que ses compétences ou son niveau d’expérience.

 

Et pour que ce recrutement soit réussi, il faudra qu’en amont j’aie pris le temps de discuter avec le manager sur ce qu’il recherche en termes d’attitude. Et que j’intègre ces points dans le profil idéal recherché… au-dessus des compétences et du niveau d’expertise.

 

Vue comme cela, cette « formule », décrite dans des vidéos qui cumulent des millions de vues sur internet, pourrait passer. Ça n’est pas révolutionnaire, mais c’est fun. Et pour des personnes qui aiment les repères simples, cela permet de se souvenir qu’en général, les éléments les plus objectifs de notre parcours professionnel ne sont pas les plus séduisants.

 

Une faille majeure dans le raisonnement

 

Mais dans tous ces exemples, on parle bien de la valeur de nos comportements. De celle de nos actions. Et cela n’a rien à voir avec la valeur de la personne elle-même. C’est là où je ne suis plus du tout d’accord avec mon ami Pedro ni avec Victor Küppers !

 

Si je réussis une mission, si je suis reconnue comme un bonne professionnelle, si les personnes ont du plaisir à travailler avec moi, cela ne signifie pas qu’en tant que personne, j’aurai plus de valeur que les autres. Ma valeur personnelle n’a pas augmenté par rapport à l’époque où j’étais moins compétente. Ma valeur personnelle n’a pas augmenté par rapport à hier, où j’ai râlé une partie de la journée, où j’ai envoyé « bouler » un collaborateur, où j’ai eu une attitude très négative… ?

 

Quand je progresse en compétence, quand j’améliore mon attitude, quand les personnes sourient en apprenant que je vais être lead sur un projet, cela ne signifie pas que j’ai plus de valeur en tant que personne. Cela signifie seulement que je suis plus reconnue dans mon travail, que les autres apprécient ma manière de faire, mes qualités de relations, d’attention, d’empathie… Tant mieux ! Et ma valeur en tant que personne, elle, ne change pas d’un iota…

 

Ligne infranchissable

 

Croire que sa valeur en tant que personne dépend de la valeur de ce que nous faisons, c’est confondre estime de soi et confiance en soi. Je sais que je fais du meilleur boulot aujourd’hui dans mes activités de formateur et de conseil par rapport à ce que je faisais il y a 20 ans. Est-ce que ma valeur personnelle, la valeur d’Aurélien à la surface de cette planète et par rapport à la valeur de tous les autres êtres humains a changé ? Non, évidemment. Est-ce que ma valeur varie si je fais du moins bon boulot le jeudi vs. le mercredi ? Évidemment non. Ce serait aussi absurde que de croire que ma valeur personnelle est inférieure à celle de mon voisin, parce que je ne sais toujours pas faire la vidange de ma voiture et que lui, si.

 

Chacun de nous doit tracer une ligne infranchissable entre sa valeur personnelle et la valeur de ses actions. La première est, au sens propre, incalculable, inestimable. Ce qui signifie à la fois qu’elle ne peut être quantifiée et qu’elle dépasse radicalement la valeur des secondes.

 

Pendant ma formation en Analyse Transactionnelle, j’ai appris une déclaration d’estime de soi qui m’est encore très utile aujourd’hui : « je suis moi, rien que moi, et c’est magnifique ». Ce qui signifie que ma valeur est invariable du jour de ma naissance jusqu’au jour de ma mort, quoi que je fasse. Et il en va de même pour toute personne à la surface de cette planète. La valeur de ce que nous faisons, la qualité de nos comportements, varie en permanence. Et cela n’a aucun lien.

 

Un outil RH puissant

 

Construire un rempart infranchissable entre ces deux « valeurs » est un des piliers pour utiliser sainement et sereinement nos émotions. Pour des executives RH, c’est aussi un moyen simple de dédramatiser une évaluation négative, souvent source de stress majeurs chez les collaborateurs, qui se sentent jugés.  « Ça n’est pas toi qu’on évalue, c’est ta performance. Ta performance est inférieure aux attentes, mais ça n’a rien à voir avec ta valeur. Tu n’as rien à changer chez toi. Tu dois changer des choses dans ta manière de faire, de travailler. »

 

Si vous devez gérer des émotions fortes chez vous ou chez les autres, et que cette question de la confiance en soi vous semble un point central chez vous ou chez ces personnes, inscrivez-vous à mon prochain webinaire exclusif RH : « Les 3 secrets pour faire de vos émotions une force irrésistible ». C’est jeudi prochain, de 12h30 à 14h, et c’est gratuit .

 

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