Comment faire le plein

Jan 15, 2022
Comment faire le plein - Aurélien Daudet

Cette année j’ai reçu beaucoup moins de messages de bonne année que d’habitude. Cela ne m’a pas vraiment attristé, je n’ai jamais trouvé ça très important. Mais cela m’a intrigué, et j’ai posé la question à plusieurs personnes autour de moi : « tu as remarqué quelque chose de différent cette année dans les messages de vœux pour la nouvelle année ? » Et à chaque fois le même constat : beaucoup moins de messages positifs échangés.

 

 

Même si nous ne sommes plus confinés, les déplacements sont toujours aussi compliqués, le télétravail est obligatoire, les rassemblements compliqués, les restaurants pas simples, les cas contacts doivent rester chez eux… bref les relations humaines sont encore très perturbées et les liens coupés, pour le moins distendus. Et je pense que c’est cela l’origine de ce mal-être latent.

 

L’être humain ne peut pas vivre seul. Même si nous sommes nourris, logés, que tous nos besoins physiques sont satisfaits, nous avons un besoin vital que les autres êtres humains nous montrent que nous existons à leurs yeux.

 

Quand je dis besoin vital, je pèse mes mots ! Plusieurs expériences, études, ont montré que des enfants qui ne recevaient pas suffisamment d’attentions, de contacts physiques, avaient de graves troubles de croissance, pouvant aller jusqu’à la mort. Et ce, même s’ils avaient en théorie tous les aliments nécessaires. Pour les adultes, les conséquences sont un peu moins sévères : si nous restons totalement isolés, peut-être que nous n’allons pas mourir, mais nous allons déprimer – ça a été le cas de plein de personnes enfermées seules chez elles pendant le Covid – ou devenir fous.

 

C’est le cas par exemple dans certaines prisons de haute sécurité. Et certaines figures mythiques nous le rappellent : quand on nous parle du personnage du masque de fer, enfermé au secret, et le visage toujours masqué, nous fascine… La scène du mitard dans le film Papillon, où Steve McQueen devient à moitié fou… L’histoire d’Edmond Dantès, qui enfermé au cachot au Château d’If est au bord de se laisser mourir de faim avant de s’échapper et de devenir le Comte de Monte Cristo : nous comprenons que son désir fou de vengeance est basé justement sur ces six années d’isolement !

 

Nous avons donc un besoin irrépressible de signes de reconnaissance. Tout plutôt que l’indifférence. Et c’est là que se jouent certaines difficultés. Parfois en effet nous allons chercher des signes de reconnaissance négatifs plutôt que des positifs. Ou bien nous allons accepter, prendre en compte uniquement les négatifs. Ce sera bien sûr moins nourrissant, moins motivant, pour moi, mais bon, c’est toujours mieux que rien.

  

Par exemple, il fut un temps où lorsqu’un de mes clients me disait : « bon boulot, Aurélien », je répondais presque automatiquement « c’est pour ça que vous me payez », « c’est normal »… Le problème, c’est qu’au bout d’un moment, les personnes en question ont arrêté de me le dire – bien sûr, vu que je donnais l’impression qu’il n’y avait pas à me remercier, et limite que cela me gênait. Et je crois que c’est l’une des raisons fondamentales du burn-out que j’ai traversé en 2009-2010 : je ne prenais pas les signes positifs de reconnaissance, j’étais totalement en manque de ces signes, je me tuais à la tâche pour qu’on reconnaisse mon travail… et je ne prenais pas les signes qui m’étaient donnés.

 

Depuis 20 ans, j’ai croisé des dizaines de personnes qui ont du mal à accepter des signes de reconnaissance. Dans mes formations, je leur dis par exemple : « super mise en situation », « bien vu », « tu as intégré la technique impeccablement », et ils me répondent « oui, enfin tu sais, c’est encore loin d’être fluide », ou bien « j’ai encore du boulot », « par rapport à Antoine, je me trouve encore bien nulle »…

  

Dans d’autres vidéos, je vous ai montré comment le moyen le plus simple d’accepter un signe de reconnaissance, c’est de dire « Merci ». Et si c’est à vous qu’on dit « merci », alors répondez « avec plaisir ! » – c’est en Belgique que j’ai commencé à utiliser cette expression, qui me fait toujours sourire, et permet de prendre à 100% un compliment, un signe de gratitude.

 

Première étape donc, accepter les signes de reconnaissance positifs qu’on vous envoie. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin… étape suivante… allez en demander. « Whaaat ? Demander aux gens s’ils sont contents de mon boulot ? Demander aux gens s’ils me trouvent sympathique ? Mais Aurélien, aurais-tu par hasard fumé la moquette ? » Et bien non, pas du tout. Une des très bonnes manières de ne plus vivre dans un état de semi privation de signes de reconnaissance, c’est d’aller en chercher – un peu comme si vous alliez faire le plein de votre voiture sans attendre de croiser par hasard une station-service.

 

En particulier, ladies entrepreneuses, créatrices d’entreprises et freelances, vous avez (nous avons) un travail plus solitaire que des personnes qui sont en entreprise, et il est donc vraiment essentiel que vous mettiez ces principes en action : à l’issue d’une mission, entre deux jobs, prenez le temps d’un rendez-vous avec l’un de vos clients, et dites-lui que vous voulez savoir quels sont vos points forts, vos atouts, ce qu’il ou elle apprécie particulièrement dans votre relation, et dans votre travail commun.

 

Cela va vous donner des informations précieuses, joyeuses, nourrissantes. C’est un moyen excellent de booster et d’entretenir votre motivation. Ce sont des cadeaux que vous pourrez vous rappeler les jours de fatigue, de tension. Y por favor, jouez le jeu jusqu’au bout : ne demandez pas dans la foulée « quels sont les points sur lesquels vous pouvez vous améliorer » ! Vous saboteriez l’effet des signes de reconnaissance positifs que vous venez de recevoir. Ce que vous devez améliorer, d’abord en général vous le savez très bien. Et si vous avez vraiment des questions… prenez un autre rendez-vous !

 

Dernière étape : revendiquez ce qui est important pour vous ! Les retours positifs que vous allez avoir vont vous donner des indications précieuses sur vos atouts vus par les personnes qui vous entourent ! Autant de choses que vous pourrez mettre en avant tranquillement auprès de futurs prospects. En plus, si vous êtes vraiment vraiment très attentifs, vous allez vous rendre compte que certains compliments vous touchent particulièrement : ce sont des indications simples de ce que vous devez nourrir chez vous…

 

Par exemple, mes clients et les personnes avec qui je travaille me disent souvent que :

  •  J’ai des connaissances approfondies dans mon domaine, que visiblement je bosse mes sujets, et qu’en plus je sais expliquer clairement

     

  •  Et que j’ai une énergie très communicative, que cela fait du bien de passer du temps à travailler avec moi, que cela aide à voir les choses du bon côté.

 

Comme vous peut-être j’ai eu du mal au départ à accepter ces retours, je me disais que c’était pour être « gentil », ou bien que « je pouvais sûrement faire encore mieux » ! Aujourd’hui, je fais confiance à ces retours, je les assume et je les affiche pour convaincre les gens de me confier de nouvelles missions.

  

Si vous m’avez écouté jusqu’à maintenant, il est possible que cela vous parle, vous semble logique, et peut-être même vous attire. Mais peut-être aussi que vous ressentez un blocage : « ce serait pas mal, mais cela ne se fait pas », ou bien « je ne pourrais jamais faire ça ». Peut-être que dans votre enfance on vous a appris « qu’il ne fallait pas demander » ou bien que dire un simple « merci » quand on vous fait un compliment c’était déjà être « vaniteux ».

 

La bonne nouvelle ? Vous êtes adulte. Vous n’êtes pas forcée de croire tout ce qu’on vous a appris, vous pouvez tester et voir le bien que ça fait. Le Covid a perturbé la circulation mondiale des marchandises. OK. Mais cette crise a perturbé des flux que je trouve beaucoup plus importants : la bonne circulation des signes de reconnaissance. Voilà une pénurie qui peut vite s’arrêter, remettons cela en mouvement autour de nous, faisons le plein !

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