L’erreur de Frédéric II

Publié le 8 décembre 2017

Pour être en bonne santé émotionnelle, nous avons un besoin vital de signes de reconnaissance de la part des autres êtres humains. Ce postulat, qui est entre autres un des piliers de l’Analyse Transactionnelle, a été prouvé par une erreur dramatique de Frédéric II, roi de Prusse de 1740 à 1786.

Alors qu’il s’efforçait, par une succession de guerres coûteuses, d’étendre son royaume, il se posa la question de la langue à imposer à l’ensemble de ses sujets. La question des langues le touchait tout particulièrement car lui-même avait du mal à faire des choix clairs. Il a par exemple hésité toute sa vie entre l’allemand et le français. Il considérait l’allemand comme « une langue à demi-barbare et qui se divise en autant de dialectes différents que l’Allemagne compte de provinces ». Et même s’il pensait que l’allemand pourrait un jour dépasser le français, il l’a réservée pendant sa vie au travail administratif et à la vie militaire. Et il utilisait le français pour converser avec sa famille, des proches comme Voltaire, ou pour écrire des œuvres littéraires. Par ailleurs, malgré l’interdiction de son père, il a appris le latin pendant son adolescence, et a gardé toute sa vie une vraie fascination pour les langues anciennes.

Parvenu au pouvoir, il a donc l’idée d’une expérience qui pourrait permettre de faire un choix « éclairé » entre les différentes langues disponibles. Cette expérience est racontée par Félix Salimbeni, célèbre soprano de l’époque, engagé au théâtre de Berlin entre 1743 et 1750(1). « La seconde folie de Frédéric fut qu’il voulut savoir quel genre de langage et quelle manière de parler auraient les enfants s’ils n’avaient parlé à personne auparavant. Il ordonna donc aux nourrices et aux nurses d’allaiter les enfants, de les baigner, de les laver mais de ne babiller avec eux et de ne leur parler d’aucune façon, car il voulait savoir si ces enfants parleraient l’hébreu, qui était le plus ancien, le grec, le latin ou l’arabe, ou peut-être la langue de leurs parents. Mais il chercha en vain, car tous les enfants moururent. Ils ne pouvaient vivre sans les caresses, les visages joyeux et les mots d’amour de leurs nourrices. »

Les signes de reconnaissance sont indispensables à la vie de l’adulte comme à celle de l’enfant, se les voir refuser est la plus grande peur de l’être humain. Pour l’enfant, c’est une question de survie. Pour l’adulte, c’est une question de santé mentale. Le plus grand châtiment dans les prisons, ce n’est pas la violence physique, c’est l’isolement, qui rend fou. Et si nous sommes fascinés par des figures mythiques comme le comte de Monte-Cristo(2), enfermé pendant 14 ans dans une geôle du château d’If ou l’homme au masque de fer (mort en 1703 à la Bastille), c’est justement parce que nous sommes pris de panique à l’idée de leurs années d’isolement absolu… Cette soif inextinguible de signes de reconnaissance fait que nous préférons encore donner et recevoir des signes négatifs (critiques, attaques, victimisation, dévalorisation…) plutôt que de devoir supporter l’indifférence des autres. Et une bonne partie de nos séquences de stress, de nos comportements négatifs, passifs, et parfois même de nos maladies, s’explique par la mauvaise gestion de nos signes de reconnaissance.

Je reviendrai sur ces concepts fondamentaux dans de prochains articles. En attendant, vous pouvez lire (et offrir !) le conte pour enfants (et bien sûr aussi pour adultes…) écrit par Claude Steiner, Le conte chaud et doux des chaudoudoux. Claude Steiner est l’un des penseurs les plus importants de l’Analyse Transactionnelle, et dans ce livre, il explique d’une manière simple et drôle les principes d’une bonne gestion des signes de reconnaissance.

Enfin, si vous souhaitez aller en profondeur, découvrir et pratiquer comment avoir une bonne hygiène émotionnelle grâce à des signes de reconnaissance justes, inscrivez-vous au séminaire Construire des relations enrichissantes, animé les 9 et 10 février prochains par Anne Kohlhaas-Reith, une proche de Claude Steiner !

(1) Cité in Isabelle Filliozat et Hélène Roubeix, Le Corps messager, Coll. Psychologie, Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 40.
(2) Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, Folio Classique

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