ComBase#2 : La puissance de la joie

Publié le 26 septembre 2017

La rentrée ne s’est pas passée exactement comme prévu… Côté perso, les vacances furent magnifiques, et tandis que l’Ile-de-France prenait l’eau, nous avons bien rechargé les batteries au soleil de l’Espagne. Côté pro, les clients entreprises continuent à me faire confiance, les retours des premières sessions sont au top et mon agenda est plein jusqu’au 15 janvier 2018, donc là aussi tout va bien.

En réalité, c’était plutôt du côté des formations « grand public » que le bât blessait. J’ai lancé ces programmes au printemps dernier, les premiers retours étaient bons, et j’imaginais que la rentrée allait se faire en fanfare ! Première déconvenue, l’offre spéciale que j’avais faite pour les chômeurs et les étudiants n’a eu aucun succès, alors que je me disais presque que j’allais devoir refuser du monde. Au final, seules deux personnes m’ont appelé, un cadre dirigeant au chômage et un étudiant en école d’ingénieur. Du coup je ne me suis pas démonté, chacun d’eux a eu droit pour ce prix déjà super bas à deux demi-journées de formation en individuel, et ce furent de très beaux moments – qui m’ont d’ailleurs confirmé dans l’idée que j’ai eue d’ouvrir ces formations au grand public ! Donc rock’n’roll attitude, jusque-là tout allait à peu près.

J’ai été plus touché par le peu de retours sur le stage consacré à l’autorité parentale et animé par Sandro Costa Sanseverino à la fin de cette semaine. Outre la communication « classique » que je fais sur tous mes stages, j’avais envoyé des mails à mes amis proches et à ma famille, pour leur redire la qualité de ce stage, et leur conseiller de ne surtout pas le manquer. Et à ma très grande surprise, je n’ai eu aucun retour ! Aucune question, aucune excuse polie, aucun signe d’intérêt, rien ! Même pas de mail me demandant de les lâcher avec mes idées bizarres… Silence radio, black-out, nada.

Pire, alors que je parlais de ce stage chez des amis, la maîtresse de maison est partie dans une sorte de colère totalement disproportionnée, expliquant que l’éducation des enfants ça ne s’apprend pas dans des stages, que ce qu’elle faisait était très bien, que personne ne lui apprendrait comment faire, et que mettre une ou deux claques parfois c’est la seule solution. J’étais tellement étonné et choqué par cette réaction que j’ai préféré laisser tomber et parler d’autre chose. Mais j’ai quand même été touché et face à ces déconvenues, je commençais à sentir un mélange de colère et de tristesse, bref des émotions désagréables et peu motivantes.

Il se trouve qu’au même moment j’étais en train de lire La puissance de la joie, de Frédéric Lenoir. J’en étais au chapitre « Laisser fleurir la joie », et pile au moment où je commençais à râler, j’ai lu cette citation de Bergson : « L’effort est pénible, mais il est aussi précieux, plus précieux encore que l’œuvre où il aboutit, parce que, grâce à lui, on a tiré de soi plus qu’il n’y avait, on s’est haussé au-dessus de soi-même. »

C’était déjà une première consolation. Mais est-ce que cela signifie qu’il faut travailler sans relâche, s’acharner, mettre l’effort au premier plan ou comme valeur principale, au risque de s’épuiser ? On serait alors bien loin de la joie !

Dans ce même chapitre « Laisser fleurir la joie », Frédéric Lenoir associe deux principes complémentaires : « la persévérance dans l’effort » et « le lâcher-prise et le consentement ». À la citation de Bergson répond le passage sur le taoïsme, et en particulier la pensée de Tchouang-tseu. Ce dernier donne l’exemple d’un nageur qui cherche à traverser un fleuve impétueux. La plupart des nageurs tenteront de lutter contre ces courants, y mettront toutes leurs forces et leur énergie, ils s’épuiseront en vain et finiront noyés. Plus le courant du fleuve est fort, dit Tchouang-tseu, moins il faut lutter contre lui. Gardons en tête l’intention d’atteindre l’autre rive, épousons le flot du courant, laissons-nous porter par lui sans résister. Nous finirons par traverser le fleuve et parvenir, sains et saufs, sans efforts, sur la rive opposée que nous voulions rejoindre.

Lier ces deux aspects, la persévérance dans l’effort et le lâcher-prise, c’est selon Frédéric Lenoir « agir en épousant le mouvement de la vie – sans perdre de vue ses objectifs, ses propres intentions, et sans chercher à les réaliser immédiatement et à n’importe quel prix. Si la vie s’y oppose, laissons-nous porter par son flux. Cet objectif nous l’atteindrons plus tard. »

Lire ce chapitre m’a fait un bien fou. J’ai accepté avec bonheur le fait que sur ces formations les choses allaient prendre du temps – et bien sûr je me suis souvenu à ce moment-là que nous allions quand même être une dizaine au séminaire de Sandro, et que ces deux jours allaient être magnifiques !

Encore un mot sur Frédéric Lenoir et sur son livre. La première fois que j’ai entendu son nom, c’était en 2016, lors des conférences Emergences à Bruxelles, auxquelles il participait comme orateur. 5 minutes après son entrée en scène, je me disais « c’est qui, ce crétin prétentieux ? » Et 30 minutes plus tard, j’admirais son intelligence, sa culture et son engagement pour développer la méditation dans les écoles. Frédéric Lenoir est un objet médiatique de haute volée, il peut donc être très agaçant. Mais en même temps, je le crois très sincère, et c’est l’un des rares intellectuels aujourd’hui capable d’une pensée appuyée sur les plus grands et en même temps accessible à tous.

Dans ce livre, La puissance de la joie, il fait brillamment la différence entre plaisir, joie et bonheur. Il montre comment la sagesse n’est pas une notion vaine, ou dépassée, mais au contraire reste très accessible. Avec deux voies possibles : l’une qui vise à l’ataraxie, l’absence de trouble, à la sérénité. C’est la voie des épicuriens, des stoïciens ou du bouddhisme. Une voie plutôt ascétique, qui met en valeur la force de la volonté pour parvenir à la vie heureuse. Et une autre voie, qui « aspire davantage à la joie parfaite qu’à l’absence de trouble ou à la sérénité. Elle est moins portée sur la répression des passions et des instincts que sur leur conversion vers un accroissement de la joie. Elle ne prône pas un idéal de renoncement, mais de détachement, c’est-à-dire de vie joyeuse dans le monde, sans asservissement aux plaisirs mondains et aux biens matériels. Elle croit plus en la puissance du désir et de la joie qu’en la force de la volonté pour atteindre la sagesse, c’est-à-dire une joie permanente que rien ne peut détruire (…). C’est la voie prônée, de manière très diverse, par les taoïstes, mais aussi par Jésus, Montaigne ou Spinoza ».

Comment aller vers la joie, comment construire sa joie ? Ce sont évidemment des questions que nous nous posons tous, et qu’il faut se poser. Ce livre est plein des réponses de grands penseurs… et de bon sens. J’espère vous avoir montré qu’il peut être utile au quotidien – lisez-le !

 

2 commentaires

Stéphane

27 septembre 2017 à 11 h 29 min

Je te recommande alors vivement la lecture de l' »Eloge de l’optimisme » de P.Gabillet dans la lecture duquel j’ai trouvé les mêmes coups de boost que ce que tu décris. Et je vais me procurer « La puissance de la joie » pour compléter.
Concernant les ateliers sur l’autorité parentale, je te confirme que cette volonté d’avoir recours à des intervenants extérieurs est souvent mal comprise. J’ai eu le même type de réaction suite à ma participation aux ateliers Faber-Mazlish. Par esprit de défi, je me suis amusé à dire qu’il y avait en France 2 domaines où le recours à un professionnel n’était pas compris : l’éducation des enfants, et l’éducation sexuelle. Faut-il en tirer des conclusions ? Hâtives? 🙂

Aurélien Daudet

27 septembre 2017 à 13 h 33 min

Bonjour Stéphane ! Merci pour le conseil, je viens de commander L’Eloge de l’optimisme, et merci Amazon je le recevrai demain dans ma campagne. Et j’aimerais bien que tu me dises ce que sont les ateliers Faber-Mazlish : je suis allé regarder sur Google bien sûr, et donc j’ai vu que c’étaient des ateliers pour faciliter la communication entre les parents et les enfants, mais ce qui m’intéresse encore plus c’est ce que tu en as retiré ?
Pour répondre à ta question sur les sujets encore un peu « tabous » en matière de formation, il est certain que les deux que tu cites sont très sensibles. Comme si le principe était qu’il fallait être au top un peu de manière « innée ». Et que si on acceptait de remettre en question certains comportements, on prenait le risque de remettre en question mon être même, que j’acceptais d’être « en faute » presque d’un point de vue moral.
Pour rester très positif, je constate que lorsque j’ai commencé à faire des formations en entreprise il y a presque 17 ans, l’attitude vis-à-vis des formations à la communication, aux comportements, à la compréhension des émotions, était presque aussi agressive ! J’étais accueilli par des phrases telles que « encore une ânerie des RH », « c’est pas ça qui va m’aider au quotidien », « de toutes façons soit tu sais communiquer, soit tu sais pas. Si tu sais pas, c’est pas grave, tu fais ton job et puis c’est marre »… Aujourd’hui, je constate que plus personne ne me dit ce genre de choses, et je suis plutôt accueilli par « enfin j’ai eu droit à cette formation », « c’est pas trop tôt et j’espère que pendant ces deux jours je vais avoir les outils dont j’ai VRAIMENT besoin ! »
C’est cela aussi qui m’a donné envie de lancer des versions pour le grand public de tous ces séminaires, et d’inviter des experts sur des sujets proches des miens… sur lesquels je n’ai pas les compétences !
Qu’en penses-tu ? Et qu’en pensent les personnes qui nous lisent en ce moment ?

Laisser un commentaire