ComCase#2 : La leçon de Madrid

Publié le 12 septembre 2017

La semaine dernière, je suis allé animer une formation à la communication efficace à Madrid, avec les managers de la direction financière d’un grand groupe américain. J’avais travaillé avec leurs homologues français, et les Espagnols ont eu envie de tester.

En me préparant pour cette formation, je n’en menais pas large. « D’accord je parle bien espagnol, d’accord je viens de passer un mois de vacances dans un village espagnol en parlant espagnol avec ma femme espagnole, d’accord j’ai déjà animé des formations en espagnol au Paraguay… » bref je répétais « espagnol » comme un mantra, mais cela ne bloquait pas une autre voix qui répétait en même temps « est-ce que je vais être aussi efficace qu’en français ? Est-ce que je vais comprendre si l’un d’eux a un accent trop fort ? Est-ce qu’ils ne vont pas s’agacer ou bien me prendre pour un nul si jamais je cherche trop mes mots, ou bien si je fais trop d’erreurs ? » Bref un dialogue interne entre une voix assez peu réconfortante et une voix très critique… la seconde l’emportait nettement et mon niveau de stress augmentait lentement mais sûrement.

Alors j’ai décidé d’appliquer une des techniques que j’enseigne dans mon stage sur la communication efficace, et qui permet de passer du stress au trac. Première étape, ne pas faire « comme si » : « comme si ça va bien se passer », « comme si non non, en fait je ne suis pas stressé », « comme si… » Deuxième étape : constater que je suis en train de lister tous les obstacles, problèmes, bugs possibles, et qu’en faisant cela mon énergie se focalise sur ce que je veux éviter. En faisant cela je bloque mon énergie, je ralentis le fonctionnement de mon cerveau (c’est ce que montrent les observations en imagerie numérique), mes peurs augmentent, je sors du réel et je fige.

Mieux vaut refocaliser mon attention sur ce que je souhaite, sur mon objectif. Cet objectif, c’est l’endroit où je serais heureux d’avoir embarqué mon public. Donc ça n’est pas « qu’ils disent que je ne parle pas trop mal espagnol », ni « qu’ils aient compris ce que je voulais dire », ni même « que la formation était intéressante ». Ce qui me ferait plaisir, c’est bien plutôt « qu’ils aient envie à la fin des deux jours de tester cette méthode ».

Et bien sûr je réalise alors que c’est le même objectif que dans mes formations en France ou en Belgique, c’est la question que je pose à la fin : « est-ce que vous avez envie de tester cette méthode ? » Et j’ai toujours la même joie lorsque les participants me répondent « oui, je vais la tester ». Une fois que j’ai revisualisé cette joie, les obstacles sont revenus à leur juste place, et dans leurs justes proportions. Je ne les ai pas niés, fait comme s’ils n’existaient pas, au contraire je suis passé par une phase de relaxation – concentration encore plus longue que d’habitude, pour être focalisé avec encore plus d’intensité sur mon objectif. Et la formation a démarré dans une magnifique énergie. Puis, pendant ces deux jours je suis resté très attentif à mes signaux d’alerte, ceux dans le corps comme ceux dans le discours. Et chaque fois que je les voyais apparaître, je ne me critiquais pas, ce qui aurait de nouveau bloqué mon énergie, au contraire je faisais remonter la joie sur le devant de la scène, en me reconcentrant sur l’envie d’atteindre mon objectif. Je souriais et je repartais dans la bonne direction.

Les évaluations que j’ai reçues ce matin me montrent que j’ai bien atteint mon objectif, et que mes incorrections en espagnol n’ont pas gêné. Si je vous raconte cette histoire, c’est que beaucoup d’entre vous doivent faire des prises de parole dans des langues étrangères et vous vous dites peut-être ce genre de phrases « est-ce qu’on va bien me comprendre ? » « qu’est-ce que je fais si je n’arrive pas à trouver le mot juste ? » « qu’est-ce qu’ils vont penser de moi si je fais trop de fautes ? » Toutes ces questions reviennent à analyser les obstacles. Je ne dis pas qu’il faut ignorer ces obstacles ! Mais qu’il vaut mieux remettre ces obstacles dans la perspective de votre objectif. Par exemple « est-ce qu’on va bien me comprendre ? » me semble moins important que « est-ce que je les aurai convaincus de travailler avec moi ? » Me faire comprendre est un moyen pour atteindre cet objectif… et il n’est pas nécessaire que toutes mes phrases soient parfaites pour me faire comprendre.

Conclusion : dans une langue étrangère encore plus que dans votre langue maternelle, soyez d’abord attentif à la construction de votre objectif. Et si vous avez encore des questions sur la manière d’y arriver… inscrivez-vous au prochain stage  » Communiquer efficacement »  !

Laisser un commentaire