Mes chiens ont tout compris

Publié le 28 août 2017

Le regard est le centre de la communication humaine. Il nous permet d’analyser en un temps extrêmement court les intentions de notre vis-à-vis et l’échange de regards est le socle sur lequel les humains commencent à construire une relation. Dans mon livre j’ai montré comment tous les autres canaux de la communication non-verbale s’organisaient par rapport à cet axe fondamental. Aujourd’hui je voudrais revenir sur le lien étroit entre les échanges de regards et la présence d’une hormone, l’ocytocine.

De nombreuses études ont prouvé que l’ocytocine, parfois rebaptisée un peu vite « hormone du bonheur », est essentielle pour la régulation du stress, la mémoire sociale, et le lien amoureux. Elle joue un rôle très important dans la formation du lien avec nos semblables, elle impacte notre niveau de confiance réciproque et notre propension à être généreux.

Or, échanger des regards avec d’autres personnes permet d’augmenter son niveau dans notre organisme. Il a par exemple été montré que le contact du regard est essentiel pour la création du lien entre une mère et son enfant, et que plus cet échange de regards est long, plus le niveau d’ocytocine dans le sang de la mère est élevé. Il a aussi été montré que si l’on administrait de l’ocytocine à des volontaires, ils allaient rechercher beaucoup plus rapidement les yeux dans les visages qui leur étaient présentés et que leur capacité à reconnaître ces visages serait nettement supérieure, c’est cela qu’on appelle la mémoire sociale.

Le mieux, c’est que certains animaux l’ont compris, et ils utilisent du coup le regard comme technique pour établir un lien unique avec nous ! Des chercheurs japonais ont étudié les effets d’échanges de regards entre des chiens et leurs maîtres. Leur étude a été publiée en avril 2015 dans la revue américaine Science, et vous pourrez la retrouver en cliquant ici.

Dans une première expérience, ils ont mis dans une pièce des chiens et leurs maîtres, ainsi que des loups et leurs dresseurs. Certains se regardaient pendant 30 minutes, d’autres sur un temps plus court, certains pouvaient en plus parler aux animaux et / ou les caresser.

Les résultats ? Chez les chiens comme chez leurs maîtres, un échange long de regards provoquait une élévation très nette du taux d’ocytocine, devant les caresses, et beaucoup plus que les regards courts ou les mots.

Au contraire aucune influence de ces échanges de regards n’a été constatée chez les loups, ce qui pour les chercheurs semble prouver que les chiens ont développé cette habitude depuis qu’ils ont commencé à être domestiqués, il y a environ 30 000 ans. Pour les loups, le regard direct reste un signal menaçant, plutôt utilisé pour marquer une domination, tandis que pour les chiens, il permettrait d’établir un lien, en augmentant les niveaux d’ocytocine chez leurs maîtres… puis chez eux – les chercheurs parlent d’une boucle positive de l’ocytocine, déclenchée par l’échange de regards.

La première fois que j’ai rencontré Speedy, sa propriétaire m’a dit que jamais elle ne l’avait vue aussi concentrée dans le regard de quelqu’un. Evidemment, à la fin de la soirée, j’étais irrémédiablement attaché. Et lorsque je sors dans le jardin, ou que je regarde par la fenêtre, je sais que ce regard est la première chose que je vais rencontrer. Quant au petit, Macho, il a tout juste un an et fait encore « quelques » bêtises. Mais il a très bien compris que lorsque je le gronde, la technique c’est de s’aplatir comme une crêpe sur le sol, sans jamais me quitter du regard – ce qui est d’une efficacité redoutable pour me calmer…

Conclusion : les chiens ont compris il y a 30 000 ans que l’échange de regards permet de déclencher chez nous les humains un levier puissant de lien social et d’attachement… Et si nous gardions plus souvent cette leçon en mémoire lorsque nous rencontrons nos congénères … qu’en pensez-vous ?

3 commentaires

Isabelle Letrun

27 octobre 2017 à 16 h 24 min

Exactement, l’homme se veut supérieur afin de se donner une bonne raison d’exploiter les animaux, il se positionne en haut de la pyramide, comme un super prédateur et ce donne le droit de tuer et massacrer tout ce qui se trouve à sa porté, ça continue toujours aujourd’hui, heureusement, depuis quelques temps, de plus en plus de gens prennent conscience que l’homme n’a aucun droit sur l’animal, et encore moins celui de le maltraiter, l’utiliser à des fins purement égoïste. Il faut que les mentalités changent, l’humanité aura une chance de s’en sortir quand le respect de la vie en général sera appliqué à toutes les espèces, humaines, animales et végétales. Ce que l’on fait subir tous les jours à la planète est inadmissible et chacun est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Nous sommes tous responsables mais nous pouvons tous faire bouger et évoluer les choses dans la bonne direction. Restons positif et optimiste surtout !!!

Isabelle Letrun

27 octobre 2017 à 14 h 10 min

Le regard est le miroir de l’âme paraît-il…
Et comme le disait Anatole France et beaucoup d’autres artistes et poètes : Tant que vous n’avez pas aimé un animal, une partie de votre âme est endormie ». ou encore Victor Hugo : « Regard ton chien dans les yeux et tu ne pourras pas affirmer qu’il n’a pas d’âme ». C’est exactement ce que je pense et c’est pourquoi cet article me parle tant. Merci beaucoup !

Aurélien Daudet

27 octobre 2017 à 14 h 43 min

Ton message est très poétique et me touche beaucoup. En plus, au moment où je te réponds, je regarde par la fenêtre et je vois mes deux chiens, le petit en train de faire des cabrioles et de grimper à moitié sur le rebord de la fenêtre, tandis que la vieille pose sa tête et ne me quitte pas des yeux… Je suis en train de lire « Homo Deus », de Yuval Noah Harari, un livre passionnant sur l’avenir de l’humanité… et l’histoire de son développement. Et il montre très bien que nous n’avons pas toujours pensé que les animaux n’avaient pas d’âme ! Finalement, c’est une décision que nous avons prise au moment de la révolution agricole, pour justifier l’exploitation des animaux…

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