Chasser les nuages intérieurs

Publié le 12 août 2017

La journée avait très mal démarré. Nous nous étions levé à 7h pour profiter de la lumière du petit matin pour tourner une vidéo sur les principaux enseignements du livre Focus, de Daniel Goleman. Rasé, habillé, je m’étais mis en place alors que le soleil passait juste au-dessus de la montagne. Jusque-là tout allait bien… et puis tout est parti en vrille. Au départ, quelques petites alertes : de légers contretemps techniques, la lumière qui n’est finalement pas si simple, le livre de Goleman que je ne retrouve pas alors que je veux le montrer à l’image… Tout se règle à peu près – et nous avons très vite déchanté. Un samedi matin, en plein mois d’août, en Espagne, nous avions espéré avoir une heure ou deux de tranquillité. Seulement aujourd’hui c’est la fête du village, et elle démarre avec une course à pied qui passe juste devant chez nous avant de filer dans les collines. À 8h, les premiers spectateurs venaient se garer sous notre terrasse et commençaient à s’interpeller joyeusement… et bruyamment.


« Et si vous alliez voir ailleurs ? »

Ma réaction n’a pas été franchement paisible. Au fur et à mesure que les problèmes s’accumulaient, je sentais la colère monter, avec une impression de ridicule d’avoir mis le réveil aux aurores pour finalement nous retrouver totalement bloqués, une exaspération de ne pas pouvoir faire ce que j’avais décidé, d’être coincé par des paramètres imprévus, sur lesquels je n’avais pas de contrôle. Les signaux habituels chez moi dans ce genre de circonstances se multipliaient : les mâchoires et les poings qui se serrent, les insultes contre le matériel, contre tous ces gens, contre mon idée stupide d’avoir voulu faire cette vidéo débile, l’envie de casser quelque chose… Et d’ordinaire je serais probablement parti en gardant cette rage pendant un temps.

Ce matin, j’ai trouvé les clés pour changer ce processus négatif, et c’est cela que je voudrais vous décrire. D’abord, j’ai été attentif à ce qui était en train de se passer en moi. C’est justement l’une des trois attentions dont parle Goleman, celle portée sur notre météo intérieure, le mouvement de nos émotions. En voyant ce qui était en train de se passer avant qu’il ne soit trop tard, j’ai pu analyser ce processus – et me dire que je ne voulais pas qu’il se poursuive. Pour l’arrêter, j’ai utilisé deux outils. D’abord, la Process Communication. Mon premier rapport au monde est l’analyse factuelle, c’est ce qui me demande le moins d’effort pour un maximum d’efficacité. J’ai donc commencé à analyser ce qui était en train de se passer, à chercher comment je pourrais le stopper, et puis aussi à recalculer l’agenda, à quel moment je voulais publier cette vidéo, le temps de montage nécessaire, dans quelle mesure ces délais devaient être absolument respectés ou pas… Bref j’ai activé ce que j’appelle mon scan, mon intelligence rationnelle, ce qu’en Process Communication on appelle une Base « Travaillomane », en anglais « Thinker ».

Et puis je me suis dit que j’avais besoin pour retrouver le sourire de nourrir une autre énergie essentielle chez moi, ma Phase Promoteur, qui est dans l’action, qui aime les défis. Et je me suis dit qu’avant que tous les coureurs viennent bloquer notre rue, j’allais partir moi-même dans les collines pour faire une course longue. Au final, un peu plus de deux heures de course, pour 17 kilomètres et 850 mètres de dénivelé positif – je suis rentré avec le sourire, prêt à continuer ma journée en profitant de mes vacances plutôt qu’en ruminant ce que je qualifiais il y a si peu de temps « d’échec »…


« Entre terre… »

Pendant que je courais, j’ai continué ma réflexion en utilisant un autre outil, celui du Flow. Je cherchais à comprendre pourquoi j’étais monté aussi vite en tension : le fait de perdre le contrôle est effectivement facteur de stress chez moi, mais ce matin la montée en régime s’était faite à une vitesse assez spectaculaire. Et je me suis souvenu que parmi mes compétences faibles, « travailler avec des technologies » me met dans un état de « détachement », c’est-à-dire une zone très très éloignée du Flow… que je trouve en revanche lorsque j’utilise « promouvoir une idée, un produit, un projet ». Ce matin, c’était clairement la première compétence, la plus faible, que j’avais laissé prendre le devant de la scène, et définir la couleur de ma météo intérieure.

Je sais donc ce que j’ai à faire lorsque nous remonterons sur la terrasse, demain (… ou lundi !)

. Faire remonter au premier plan de ma conscience les raisons pour lesquelles je fais quelque chose, en l’occurrence cette vidéo

. Être prudent sur les zones à risques pour moi – comme par exemple travailler avec des outils technologiques, mais aussi travailler en équipe…

. Rester attentif à mes réactions, à l’évolution de ma météo intérieure – ce que Goleman appelle « inner focus ». Et pour augmenter cette attention, je vais utiliser la méthode qu’il propose, et faire une tranche de méditation avant la vidéo, pour éteindre la rumination négative que nous laissons souvent prendre trop de place (je vous donnerai tous les détails… dans cette fameuse vidéo !)

. M’envoyer suffisamment de « strokes », des signaux de reconnaissance positifs, comme une nourriture émotionnelle, un carburant pour rester hors du stress. Par exemple prendre le temps de regarder le paysage et dire à quel point il est beau, la chance que j’ai d’être là, le bonheur d’avoir trouvé ce livre de Goleman et d’en avoir tiré des points utiles pour ceux qui verront cette vidéo…

Finalement, en terminant cette page, je me dis qu’en renonçant à contrôler la lumière du ciel ou les voix des passants, je serais beaucoup plus efficace dans le contrôle de ma météo intérieure et des voix critiques que je laisse me traverser. Lâcher prise à l’extérieur pour rester aux commandes à l’intérieur de moi-même.


« … et mer ! »

J’espère que ce petit article vous donnera quelques idées pour profiter au mieux de de ces belles journées d’été, où que vous soyez. Si ce texte vous inspire des remarques, des commentaires, c’est possible au bas de la page – je vous répondrai au plus vite !

12 commentaires

LAURENCE LEBIGRE

3 septembre 2017 à 15 h 40 min

Merci Aurélien pour cet article si puissant! Quelle maîtrise de qui tu es, une belle danse avec toutes les parties de ton être.

Aurélien Daudet

3 septembre 2017 à 16 h 14 min

Merci Laurence… ton message me touche beaucoup ! A très bientôt, Aurélien

Anne-Cecile

16 août 2017 à 15 h 18 min

Merci Aurelien pour cet excellent article qui nous renvoie à des situations souvent vécues et difficile à gérer.

Aurélien Daudet

16 août 2017 à 15 h 27 min

Merci Anne-Cécile ! Et la fameuse vidéo a fini par être tournée…: http://aureliendaudet.com/2017/08/14/combase1-mediter/

Leila

16 août 2017 à 11 h 52 min

Superbe article Aurélien, grand merci !

Belle illustration de l’harmonie d’utilisation entre différents outils très puissants pour faciliter notre quotidien. Accepter la vie telle qu’elle est finalement, avec les ballottements auxquels elle nous soumet, différent de l’image que l’on s’en fait pour nous rassurer probablement…
S’adapter à la vie, se poser prendre du recul pour rebondir en s’en sortant bien renforcé ? Ou foncer, bille en tête, s’épuiser à essayer d’adapter la vie à nous? That is the question, hmm, si seulement notre pilote automatique ne se déclenchait pas instantanément certains jours 🙂

Brillant comme à ton habitude, toujours autant de plaisir à te lire !

Aurélien Daudet

16 août 2017 à 12 h 05 min

Merci Leila ! Ton retour me fait du bien et m’encourage, je me suis demandé si cela valait vraiment la peine de publier ce papier ! A très bientôt, Aurélien

Stephanie Broucke

15 août 2017 à 11 h 58 min

Tres bel enseignement ! Merci du partage c’est bien de reprendre les manettes du self-contrôle sans gâcher de précieuses heures

Aurélien Daudet

15 août 2017 à 12 h 15 min

Merci ! Les conseils de Daniel Goleman m’ont bien aidé…

Virginie

12 août 2017 à 20 h 41 min

Bravo pour le changement! Et j’attends avec impatience cette vidéo, un jour ou l’autre!

Aurélien Daudet

12 août 2017 à 22 h 42 min

Hello ! La vidéo devrait être publiée en début de semaine prochaine ! A tout bientôt du côté de Bruxelles…

Ana

12 août 2017 à 19 h 52 min

Importante conocer las herramientas que nos hacen sonreír y saber parar a tiempo la frustración. Gracias por tu artículo.

Aurélien Daudet

12 août 2017 à 20 h 42 min

Gracias a ti, guapa ! Tu sabes que no he tenido siempre un carácter fácil… Hasta muy pronto, en Benicassim, Murcia, o Lumigny !

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