ComTech#1 : Bloquer les fausses proximités

Publié le 14 juin 2017

Dans la série des « Com Tech » :

  • je vous présente une difficulté récurrente en matière de communication
  • je vous propose une analyse de son origine et des mécanismes mis en œuvre
  • … et je vous donne une technique pour en sortir !

Premier épisode de notre série « ComTech » : bloquer les fausses proximités

Je viens de raccrocher avec une connaissance qui me parlait de sa vie (c’est-à-dire des événements importants qui s’y sont passés sur les 6 derniers mois) et qui sur les 15 premières minutes de notre conversation avait dit au moins 10 fois « que veux-tu » et à peu près autant de fois « tu vois ».

À un moment, je lui ai dit d’arrêter de me prêter des pensées qui n’étaient pas les miennes. Elle s’est arrêtée, très étonnée, en me disant qu’elle ne comprenait pas ce que je voulais dire. Je lui ai répondu qu’avec ses « que veux-tu » et ses « tu vois », elle faisait comme si je partageais son impuissance et que j’étais d’accord avec elle. Or il se trouve que ça n’était pas le cas sur la plupart des points qu’elle évoquait.

Une fois qu’elle a compris ce que je voulais dire, elle a bien ri, et a continué son récit en étant plus claire, en parlant davantage de ses ressentis et de ses difficultés ou de ses joies personnelles.

Dans ce premier « Com’Tech », je vais vous expliquer pourquoi et comment « bloquer les fausses proximités » pour rendre plus efficace le processus de communication.

Il y a plusieurs manières de créer cette fausse proximité : la plus courante consiste à parler de son propre ressenti, ou de ses propres opinions, en les formulant à la deuxième personne. Par exemple quelqu’un qui parle de son travail et qui dit : « en fait mon boulot c’est vraiment une routine infernale : tu te lèves le matin, tu cours bosser avec des transports insupportables, tu dis vaguement bonjour à tes collègues et puis tu vas t’enfermer dans ton bureau en essayant de survivre à cinquante réunions ! »

Bien sûr, ça marche aussi avec « vous » : comme ce commercial que j’ai entendu dire à un client « quand vous voulez quelque chose, que vous le voulez vraiment, et bien vous finirez par l’acheter, quel que soit le prix ! c’est une loi connue dans le business »

Ce qui est vrai dans l’univers professionnel fonctionne aussi dans la vie privée : comme ce père qui disait à son fils de 12 ans : « Dans la vie, tu ne fais pas toujours ce que tu veux ! C’est comme ça, on n’y peut rien. »

En réalité, quand quelqu’un utilise ces « tu » ou ces « vous », son but plus ou moins conscient est de vous inclure dans sa croyance, de vous faire rentrer dans son cadre de référence, sa vision de l’univers. C’est une autre manière de « généraliser » une croyance, en faisant « comme si » vous étiez d’accord.

Parfois, cette généralisation est encore plus claire : les personnes les introduisent avec des « tu comprends », ou « que veux-tu », « tu vois », « tu vois ce que je veux dire »… Le message psychologique c’est : « tu es d’accord avec moi, hein ? » Si vous ne répondez rien, vous faites comme si vous étiez d’accord avec ce qui vient d’être dit. Et le piège se referme : à partir de maintenant vous allez devoir vous battre contre ces généralités que vous venez de confirmer de manière implicite.

Comment sortir de ce piège de la communication ?

D’abord soyez attentif à ces mécanismes chez vous-même. Plus vous éviterez ces généralités, plus vous inciterez les autres à les éviter aussi. Faites attention à toutes les expressions que je viens de citer dans vos propres phrases. Certains signaux non-verbaux peuvent aussi vous alerter : par exemple si vous devenez tout à coup plus neutre dans vos expressions de visage ou bien si votre regard décroche de celui de la personne en face de vous. Par exemple : « je n’aime pas les projets qui durent trop longtemps » qui peut virer en « il n’y a rien à faire, quand tu démarres un projet, tu sais que tu risques d’y passer des années ! »

Que vous identifiez des tournures de phrase faussement proches, ou bien ces indicateurs non-verbaux, refaites tout de suite votre phrase, en les reformulant avec un « je » et en regardant la personne.

Ensuite, bloquez ce mécanisme lorsqu’il apparaît chez vos interlocuteurs : par exemple en disant « veux-tu bien refaire ta phrase avec je à la place de tu ? » Quand votre interlocuteur vous regardera avec étonnement, vous pourrez lui montrer qu’il parle de vous, et que c’est pour ça que vous précisez que vous n’êtes pas d’accord !

Au démarrage il faudra sans doute que vous répétiez la manœuvre plusieurs fois avant que la personne ne commence à se réapproprier ses phrases… Vous pourrez alors varier les techniques, et dire par exemple avec un clin d’œil : « moi je ne veux rien ! » quand la personne en face de vous aura envoyé une phrase du style « que veux-tu, je n’y arriverai jamais ! » Ou bien répondre en souriant « moi ça va » quand quelqu’un vous dit vingt fois « tu vois, c’est impossible de bosser dans cette boîte ! ».

Cette confrontation – encore assez douce – permet à chacun de reprendre la responsabilité de ce qu’il dit – fait – pense. Le but est que la personne qui parle prenne conscience que ce qu’elle dit appartient à son cadre de référence, et votre « décalage » va l’aider à se rappeler qu’il ne s’agit pas forcément d’une règle universelle.

6 commentaires

françois

17 juin 2017 à 23 h 43 min

l’expression favorite de mon collègue, c’est « je vois ce que tu veux dire ». En fait l’important pour lui, ce n’est pas ce que je lui dis, mais l’intention qu’il me prête sous ce que j’ai dit. Redoutable, il déforme ce qu’on vient de lui dire en toute bonne foi (ou pas d’ailleurs) et nous fait prêter ces propos reformulés. Il faut vraiment s’accrocher aux mots que l’on utilise ;

Aurélien Daudet

18 juin 2017 à 9 h 30 min

… et faire remarquer aux autres les mots/expressions qu’ils emploient ! Et pourquoi vous voulez qu’ils en changent…

Alice de Duve

17 juin 2017 à 7 h 52 min

Excellent !

Aurélien Daudet

17 juin 2017 à 8 h 05 min

Merci Alice !

Priscilla du Peloux

14 juin 2017 à 11 h 13 min

Très bien vu, bien intelligent et bien expliqué, du beau travail aurélien
Nous sommes à la retraite, mais la technique reste valable dans tout rapport humain

Aurélien Daudet

17 juin 2017 à 8 h 06 min

Merci Priscilla ! Effectivement, je pensais à toutes les situations de la vie quotidienne… A très bientôt j’espère !

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