Le flow dans le sport… et au boulot !

Publié le 5 septembre 2016

le flow dans le sport

Je vous ai déjà parlé dans un précédent article de la théorie du flow, développée par le hongrois Mihaly Csikszentmihalyi. Je reviendrai bientôt en détails sur la principale application pratique de cette théorie, le bilan Interqualia® de santé émotionnelle. En attendant, je voudrais vous parler aujourd’hui d’un des principaux lieux d’expérience du flow, le sport.

Dans son livre Flow in sports, écrit en collaboration avec Csikszentmihalyi, Susan Jackson a voulu définir les ressorts de l’expérience optimale dans le sport, en constatant que c’était l’un des domaines emblématiques de l’état de flow. Le but étant bien sûr de transposer ces « clés pour des expériences optimales et des performances » à l’ensemble de la vie, personnelle ou professionnelle.

Rappelons ici que l’état de flow provient de l’équilibre de la « balance CS » (« Challenges – Skills »), équilibre dynamique entre défis positifs et compétences. Je vais ressentir le flow si j’ai l’impression que les défis que je me donne ou qui se présentent à moi sont accessibles au vu de mes capacités. Dit autrement, à chaque instant, par rapport à mes compétences actuelles, je dois trouver des défis dont la réussite me procure de la joie.

Si les défis sont trop importants, je risque d’être dans une situation d’inquiétude, d’angoisse. Si les compétences sont supérieures aux objectifs fixés, je risque au contraire de me retrouver dans un état d’indifférence, d’ennui, de déprime. Cette analyse étant bien évidemment subjective, et à un instant t.

Premier enseignement du sport : avoir des objectifs concrets

Les buts définis sous la forme de ‘faire de son mieux’ ou ‘se donner à 100%’ sont en général improductifs, souligne Susan Jackson. Ces slogans peuvent éventuellement augmenter notre motivation, mais ils ne donnent pas de réels objectifs. Seuls les buts qui sont concrets et orientés vers une tâche peuvent engager notre action, et par là nous conduire au flow. Tout l’art est donc de savoir se fixer des défis précis, concrets, au bon niveau de difficulté. C’est-à-dire « juste au-dessus du niveau actuel de performance ». L’avantage de ces objectifs précis et atteignables, c’est qu’ils nous motivent, tout en étant atteignables à court terme.

Deuxième enseignement du sport : avoir des objectifs simples et auto-centrés

Pour aider notre énergie à rester focalisée, les sportifs interviewés par Susan Jackson soulignent l’importance de garder nos objectifs les plus simples possibles, et ainsi de faciliter notre effort de concentration. Et nous avons déjà discuté dans un autre article de la difficulté actuelle à rester concentrés.

Rester concentrés sur ses objectifs, dans le temps présent, est une condition essentielle de l’apparition de l’état du flow. Susan Jackson distingue clairement à ce propos les « task goals » – objectifs liés à la réalisation d’une technique, d’une stratégie, l’amélioration d’une compétence – et les « outcome goals », objectifs de résultat, d’achèvement – qui eux sont plus dans un rapport de compétition avec les adversaires. Dans une course à pied, un « task goal » sera par exemple d’améliorer son temps, ou bien ses trois premières foulées, sa position dans les starting blocks… tandis qu’un « outcome goal » sera de finir dans les trois premiers.

Or ce que démontrent les recherches de Csikszentmihalyi, c’est que les « task goals » sont beaucoup plus efficaces pour atteindre l’état de flow et donc une motivation durable, car ils nous aident à rester dans le présent, avec toute notre attention concentrée sur notre action en cours. Tandis que les « outcome goals », même s’ils ne doivent pas être exclus, ne peuvent représenter notre unique source de motivation. Car puisqu’ils sont basés sur la comparaison avec d’autres personnes, ils détournent notre attention et notre énergie psychique de ce qui est en train de se dérouler, de notre action en train de se déployer.

Il serait donc intéressant, dans notre vie professionnelle comme dans notre vie personnelle, de vérifier dans quelle mesure nos objectifs

  1. Sont concrets
  2. Sont simples
  3. Sont centrés sur l’action en elle-même

 

Troisième enseignement du sport : du fun immédiat !

L’état de flow recouvre en fait une très grande variété d’états émotionnels, depuis le simple « enjoyment » (satisfaction, plaisir, joie) jusqu’au plus rare et plus intense état d’ « optimal experience » (expérience optimale). Et c’est là aussi l’un des enseignements du sport : c’est fun ! Comme le rappelle Susan Jackson, « we play sport, we don’t work sport ».

En élargissant ce principe à l’ensemble de nos activités, l’une des caractéristiques essentielles du flow est justement son caractère « autotélique », du grec auto, « soi-même », et telos, « but ». Une activité qui pourra nous faire ressentir cet état de flow, c’est une activité qui se caractérise par une récompense intrinsèque, liée au plaisir simple et direct et au « sens profond de joie et d’enrichissement, trouvé dans cette activité même, plutôt que lié à un retour, une récompense dans un horizon plus lointain ».

Des principes simples… à conserver en cette rentrée !

Le but de Susan Jackson, à la suite de Csikszentmihalyi, c’est de trouver le moyen de répliquer cette expérience du flow aussi souvent que possible. Ce qui permettra de faire progresser de manière régulière nos compétences, et plus largement notre vie, « d’une chasse stressante et chaotique en une sorte de danse agréable » (« transform the entirety of life from a stressful and chaotic chase into something ressembling an enjoyable dance »).

Bien sûr, il n’y aura jamais de recettes toutes faites, simplistes, permettant d’atteindre et de développer cet état de flow. Accéder au flow ne sera jamais garanti. Mais ce que confirme l’étude du flow dans le sport, c’est qu’un certain nombre de principes simples permettent de favoriser l’émergence du flow :

  • Ecouter notre voix intérieure qui pourra nous dire quels sont nos vrais centres d’intérêt
  • Développer les compétences permettant de nous immerger dans des activités représentant des challenges positifs
  • Nous focaliser sur des objectifs concrets et des retours immédiats

Et dans le sport comme dans toutes nos activités, ce que nous apprend le flow, c’est que « la vraie mesure du succès n’est pas nos performances chiffrées mais ce que nous ressentons lorsque nous réalisons nos performances. Quelqu’un qui remporte la première place sans avoir exulté pendant la course est aussi pitoyable que celui qui gagne au loto et ne pourrait tirer aucun plaisir de ses millions. (…) C’est l’intensité de l’expérience qui nous donne un aperçu de la perfection et nous invite à continuer notre quête de l’excellence. »

The Search for Freedom – Jon Long

2 commentaires

guedj

6 septembre 2016 à 15 h 50 min

Tres belle vidéo !
On a été élevé dans la compétition – on la retrouve au boulot …. c’est tellement important de prendre du plaisir dans nos taches quotidiennes – on l’oublie avec le temps – pour retrouver ces plaisirs, pas le choix : faut relever de nouveaux défis – comme tu le dis : simples, concrets, et sur du court terme – merci pour ta positivité ! Gilles

Aurélien Daudet

6 septembre 2016 à 15 h 55 min

Merci Gilles ! Effectivement, le travail a eu tendance à se transformer en un conflit perpétuel, ce que je retrouve dans les mots utilisés par les gens avec qui je travaille : « défendre » une proposition, « soutenir » un appel d’offres, « attaquer » un marché, « conquérir » des clients… Bref, rien de très joyeux. Avec cette théorie du flow, je retrouve par une autre fenêtre la notion de plaisir, d’envie, qui est pour moi la base de l’autonomie durable. Être heureux au travail n’est pas un miracle qui de toutes façons ne durera pas longtemps. C’est un processus conscient, un équilibre dynamique que nous pouvons piloter en nous aidant d’outils simples et efficaces. A très bientôt, Aurélien

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